mainpixLe Salon de l’automobile, Auto Expo 2008, qui ouvre ce 9 mai à Casablanca, servira non seulement de vitrine marketing aux professionnels pour dévoiler de nouveaux modèles, mais sera aussi l’occasion d’étaler l’insolente santé de leur activité. Après un exercice 2007 clôturé avec une croissance de 23% et qui aura vu, pour la première fois, le marché dépasser la barre psychologique des 100.000 unités vendues (103.597 véhicules exactement), 2008 a également démarré sur les chapeaux de roues. Au terme des quatre premiers mois de l’année, les ventes des véhicules importés enregistrent une progression de 18%. Ce cycle de croissance remonte en réalité à plusieurs années. En cinq ans, le volume des ventes automobiles a doublé. Très peu d’activités peuvent se targuer d’une telle performance.
Une triple lecture peut être faite de cette marche en avant du marché automobile. Un, il est aujourd’hui acquis que la révision de la fiscalité du leasing tant redoutée par les sociétés de financement (beaucoup moins les importateurs) n’a pas du tout freiné l’élan de l’activité. Les dégâts de la hausse de la TVA à 20% au 1er janvier n’ont donc pas eu lieu. Les concessionnaires et leurs partenaires ont dû, il est vrai, déployé des trésors d’imagination sur les montages financiers pour maintenir la demande. Cette «capacité de résistance» devrait servir d’exemple pour des secteurs qui se trouvent dans le même schéma et qui sont menacés de perdre leur «spécificité» fiscale. La meilleure défense est l’attaque. A l’évidence, c’est ce qu’ont bien réussi les importateurs des véhicules automobiles.

· Rafales de promotions

Deuxième enseignement: si la demande de renouvellement reste le pivot du marché, la primo acquisition, qui traduit l’extension de la motorisation des ménages, reste vive. Les ménages qui achètent leur première voiture représentent, de loin, le gisement de croissance le plus important pour le secteur. Pour ceux-là, le critère de décision principal est sans aucun doute le prix. Les concessionnaires automobiles ne s’y sont pas d’ailleurs trompés et suggèrent même une anticipation radicale de la baisse des droits de douane avec l’Europe. A quelques rares exceptions près, ils ont tous prévu des rafales de promotions au Salon pour séduire les milliers de visiteurs attendus pendant les dix jours que durera Auto Expo. Nul doute qu’ils y feront des affaires, car beaucoup de clients diffèrent leur décision en pariant sur les «opportunités» du Salon.
L’accélération du démantèlement des droits d’importation sur les véhicules d’origine européenne (à ne pas confondre avec marques européennes), lancée en mars 2007, devrait aider à élargir l’accessibilité de l’automobile au travers de la détente des prix de vente. La profession souhaiterait que le même schéma soit étendu à toutes les importations quelle que soit leur origine. Le différentiel des tarifs douaniers entre les véhicules provenant de l’Europe et ceux du reste du monde est pénalisant au point que le Maroc se transforme presque «en gendarme de la production européenne». Cet écart serait plus élevé que celui que l’Europe applique aux produits non européens. Il est de 23% alors qu’en Europe, le différentiel des droits de douane est de 8 points. Il y a pourtant des doutes sur le transfert du pouvoir d’achat sur le consommateur induit de la baisse des droits de douane, des doutes exprimés du reste pour d’autres produits jusque dans les sphères gouvernementales. C’est le ministre des Affaires économiques et générales, Nizar El Baraka, qui avait sonné la charge en s’étonnant de la «rétention des marges» par les commerçants. Les importateurs d’automobiles, à travers leur association, Aivam, se défendent de se «sucrer» sur le dos du consommateur: «Ce sont les constructeurs qui profitent de la baisse des droits de douane pour améliorer leur rentabilité sur le Maroc», assure son président, Abderrahim Benkirane. C’est donc eux qu’il faut blâmer! Pas sûr que l’argument convainc le client lambda.
Troisième enseignement enfin, la bonne tenue de la quasi-totalité des segments de marché, ce qui constitue un facteur de stabilisation du business des distributeurs et un signe annonciateur de la maturité du marché.
L’engouement suscité par les véhicules «4×4» en est la preuve. Considérés il y a peu encore comme une niche portée par un réflexe de snobisme, ces véhicules représentent aujourd’hui 16% des ventes totales (données arrêtées à fin mars). A l’image de ce qui a été observé en Europe, c’est l’usage «initial» prêté à ce type de véhicule qui a été «détourné» par les ménages. Le 4×4 est devenu, comme peut l’être n’importe quelle berline, un moyen de locomotion en ville, de moins en moins destiné à affronter les pistes rurales ou le désert. Les majors mondiaux de l’automobile en ont tiré les enseignements dans leur politique industrielle. Tous ont développé ou sont sur le point de lancer un modèle 4×4 qui apparaît plus que jamais comme un relais de croissance en plus, rémunérateur malgré les contraintes et les pressions de la réglementation de protection de l’environnement.
L’application de la réglementation anti-pollution, justement, est inexistante, sinon, une grosse partie du parc automobile irait tout droit à la ferraille. Selon la dernière photographie réalisée par les services du ministère du Transport, deux tiers des 2,3 millions de véhicules qui circulent au Maroc ont plus de dix ans d’âge. Dommage que cette analyse ne soit pas allée plus en détails, car il en pleuvrait des surprises. Malgré la vigueur du marché des véhicules neufs, le parc automobile se renouvelle à un rythme plutôt lent, avec la conséquence que cela peut avoir sur la sécurité routière. L’état mécanique des véhicules est une des sources majeures de l’accidentologie sur les routes (plus de 3.600 morts tous les ans) même si la victoire contre cette guerre, qui ne dit pas son nom, dépend de plusieurs facteurs.
Il faut juste espérer que la modernisation du contrôle technique pourrait permettre de marquer des points sur le front de l’insécurité routière. A ce sujet, la sélection de deux opérateurs de dimension mondiale spécialisés dans le contrôle technique a été une belle inspiration. Reste à s’attaquer au maillon faible de cette chaîne, l’apprentissage de la conduite pour que le permis de conduire ne soit plus un «permis de tuer».

Leconomiste